Ils avaient presque le même âge lorsqu'ils se sont rencontrés. En grandissant côte à côte, ils étaient devenus les compagnons silencieux de tous les souvenirs d'une enfance heureuse.
Lorsque les parents d'Élise m'ont contacté, ils pensaient surtout venir chercher des conseils pour leur fille de neuf ans. Son lapin, Noisette, venait de mourir après plusieurs années passées auprès d'elle. Ils avaient essayé de trouver les mots justes, de la rassurer, de lui expliquer que la mort faisait partie de la vie. Pourtant, rien ne semblait vraiment apaiser son chagrin.
Au cours de notre première rencontre, ce n'est pas la tristesse d'Élise qui m'a le plus marqué. C'était son silence.
Elle tenait contre elle une petite couverture en polaire. Sa maman m'a expliqué que c'était celle sur laquelle Noisette aimait faire la sieste. Depuis son départ, Élise refusait qu'on la lave ou qu'on la range. Elle disait simplement : « Elle est encore à lui. »
Je lui ai demandé si elle avait envie de me parler de son lapin.
Elle a commencé timidement.
Puis les mots sont arrivés presque d'un seul coup.
Noisette était arrivé à la maison alors qu'elle venait tout juste d'entrer en maternelle. Au début, il était plus petit que son cartable. Les photos les montraient tous les deux grandissant presque en même temps. Sur les clichés des anniversaires, il apparaissait souvent au second plan. On le retrouvait dans les jardins l'été, devant le sapin de Noël l'hiver, installé sous la table pendant les goûters ou allongé au soleil pendant que la petite fille jouait près de lui.
En l'écoutant, j'ai compris que Noisette n'était pas seulement son lapin.
Il était le témoin de toute son enfance.
Lorsque nous avons poursuivi notre échange avec ses parents, ils m'ont confié quelque chose qui les inquiétait.
Depuis le décès de Noisette, Élise refusait de regarder les anciennes photos. Elle quittait la pièce dès que quelqu'un évoquait son prénom. Ils avaient peur qu'elle reste enfermée dans sa peine.
Au cours de notre deuxième séance, j'ai demandé à Élise si elle accepterait de me montrer une seule photo de son lapin. Une seule.
Après quelques hésitations, elle a sorti le téléphone de sa maman.
Elle a choisi une image où elle avait cinq ans. On la voyait assise dans l'herbe, éclatant de rire pendant que Noisette grignotait les lacets de ses chaussures.
Je lui ai demandé ce qui se passait ce jour-là.
Son visage s'est immédiatement illuminé.
Elle s'est mise à raconter cette journée dans les moindres détails. Le pique-nique. Le gâteau au chocolat. Le vent qui avait emporté une serviette. Les bêtises de Noisette.
Pendant plusieurs minutes, elle ne parlait plus de sa mort.
Elle parlait de sa vie.
Je me suis alors tourné vers ses parents.
« Vous voyez ce qui vient de se passer ? Pendant quelques instants, votre fille n'a pas souffert en regardant cette photo. Elle s'est souvenue. »
Cette nuance est importante.
Dans un deuil animal, les souvenirs font parfois peur au début. On les évite parce qu'ils réveillent la douleur. Puis, avec le temps, ils deviennent souvent le plus beau moyen de continuer à faire vivre celui qui nous manque.
Entre notre deuxième et notre troisième rencontre, j'ai proposé à la famille un petit projet.
Créer ensemble une boîte à souvenirs.
Pas une boîte de deuil.
Une boîte de vie.
Ils y ont glissé quelques photos, une mèche de poils récupérée lors d'un brossage, une petite friandise que Noisette adorait, un dessin réalisé par Élise et quelques phrases racontant ses plus grandes bêtises.
Lorsqu'ils sont revenus me voir, l'ambiance était différente.
La tristesse était toujours là.
Mais elle ne remplissait plus tout l'espace.
Élise m'a raconté qu'elle avait montré cette boîte à sa meilleure amie.
Puis à ses grands-parents.
Et qu'à chaque fois, quelqu'un ajoutait un souvenir auquel elle n'avait plus pensé.
À la fin de notre accompagnement, elle m'a dit quelque chose que je n'oublierai jamais.
« Avant, j'avais peur d'oublier Noisette. Maintenant, je crois qu'à chaque fois que quelqu'un raconte une histoire sur lui, il revient un peu avec nous. »
Je crois que les enfants comprennent parfois le deuil avec une simplicité qui nous échappe en grandissant.
Ils ne cherchent pas à effacer l'absence.
Ils cherchent simplement une manière de continuer à faire une place à celui qu'ils aiment.
Noisette avait accompagné Élise pendant les premières années de sa vie. Il avait vu ses premiers jours d'école, ses premiers anniversaires, ses premières grandes joies et ses premiers gros chagrins.
En réalité, ce n'était pas seulement un lapin qui était parti.
C'était un morceau de son enfance.
Mais cette enfance, personne ne pourrait jamais la lui enlever.
Parce qu'elle continuerait à vivre chaque fois qu'elle ouvrirait cette boîte, qu'elle regarderait une photo ou qu'elle raconterait, en souriant, les bêtises de ce petit lapin qui avait grandi avec elle.
Parfois, les premiers souvenirs d'enfance ont de longues oreilles. Et lorsqu'ils s'en vont, c'est toute une partie de cette enfance qui semble partir avec eux.
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