Les adultes pensaient qu'il n'acceptait pas la disparition de son chat. En réalité, il était simplement en train d'apprendre à aimer autrement celui qui avait partagé les premières années de sa vie.
Lorsque les parents de Lucas m'ont contacté, ils étaient surtout inquiets pour leur fils. Leur vieux chat, Caramel, était décédé quelques semaines plus tôt après une longue période de soins palliatifs. Toute la famille savait que ce moment arriverait un jour, mais personne n'était réellement préparé au vide qu'il laisserait dans la maison.
Lucas avait huit ans. Il avait grandi avec Caramel. Dans son esprit, il n'y avait jamais eu de souvenirs sans lui. Le chat était déjà là lorsqu'il avait appris à marcher, lorsqu'il rentrait de l'école avec son cartable presque aussi grand que lui, lorsqu'il construisait des cabanes avec des couvertures dans le salon ou qu'il passait des heures à lire allongé sur le tapis. Caramel apparaissait dans presque toutes les photos de famille, comme s'il avait toujours trouvé le moyen d'être présent au bon endroit, au bon moment.
Ses parents pensaient que leur fils traversait son deuil d'un chat avec beaucoup de courage. Jusqu'au jour où ils l'ont entendu parler seul dans sa chambre. En s'approchant doucement de la porte, ils ont compris qu'il s'adressait à Caramel. Il lui racontait sa journée, ses devoirs, les matchs de football dans la cour de récréation et même les petites disputes avec sa sœur. Comme il le faisait lorsqu'il était vivant.
Ils ne savaient plus quoi faire.
Fallait-il lui expliquer une nouvelle fois que Caramel était mort ?
Devait-on l'encourager à arrêter ?
Au cours de notre première rencontre, je leur ai demandé une chose.
« Quand Caramel était vivant, Lucas lui racontait déjà ses journées ? »
Sa maman a souri immédiatement.
« Tous les jours. Dès qu'il rentrait de l'école. »
Je leur ai alors répondu que, pour Lucas, cette habitude faisait partie de son lien avec son chat. Ce n'était pas forcément le signe qu'il refusait la réalité. C'était peut-être simplement sa manière de continuer cette relation qui avait toujours existé.
Au fil de nos échanges, les parents ont commencé à regarder la situation différemment. Au lieu de corriger Lucas ou de lui demander d'arrêter, ils ont commencé à lui poser des questions.
« Qu'est-ce que tu racontais à Caramel aujourd'hui ? »
Les réponses étaient souvent touchantes.
Parfois drôles.
Parfois bouleversantes.
Un soir, Lucas leur a simplement répondu :
« Je lui ai dit qu'il me manque... mais je lui ai aussi raconté que j'avais eu dix sur dix à ma dictée parce qu'il aimait quand je lui lisais mes leçons. »
Lors de notre deuxième séance, ses parents m'ont expliqué que quelque chose avait changé à la maison. Le sujet n'était plus évité. Caramel était redevenu quelqu'un dont on parlait naturellement. Chacun racontait ses souvenirs, ses bêtises ou les habitudes qui le rendaient unique. Petit à petit, Lucas a commencé à comprendre que parler de son chat n'empêchait pas d'avancer. Au contraire, cela lui permettait de garder une place pour lui dans son cœur.
Avant notre troisième rencontre, ses parents ont eu une idée toute simple. Ils ont acheté un joli carnet. Ensemble, ils ont proposé à Lucas d'y écrire ou d'y dessiner chaque fois qu'il avait envie de raconter quelque chose à Caramel. Sans obligation. Sans règle. Juste un endroit où déposer ses pensées lorsqu'il en ressentait le besoin.
Lorsqu'ils me l'ont montré, le carnet contenait déjà plusieurs dessins, quelques phrases écrites avec son écriture encore hésitante et beaucoup de petits cœurs. Sur une page, Lucas avait écrit :
« Maman dit que tu es dans mes souvenirs. Alors je vais en fabriquer plein pour ne jamais te perdre. »
Je crois que cette phrase résume parfaitement ce que les enfants nous apprennent sur le deuil animal. Ils n'ont pas encore tous les mots des adultes, mais ils possèdent souvent une capacité extraordinaire à continuer le lien avec ceux qu'ils aiment. Ils ne cherchent pas à oublier. Ils cherchent simplement une nouvelle manière d'aimer.
À la fin de notre accompagnement, Lucas parlait encore parfois à Caramel. Mais ses parents n'y voyaient plus quelque chose d'inquiétant. Ils comprenaient désormais que leur fils avançait à son rythme. Les conversations étaient devenues moins fréquentes, mais elles apparaissaient encore lorsqu'il vivait un moment important ou lorsqu'il ressentait simplement le besoin de partager quelque chose avec celui qui avait été son premier confident.
Je pense souvent à cette famille lorsque l'on me demande si les enfants vivent le deuil différemment des adultes.
La réponse est oui.
Ils ne vivent pas un deuil plus petit.
Ils le vivent avec leurs mots, leurs gestes et leur imaginaire.
Et parfois, ce sont eux qui nous rappellent la plus belle des vérités : aimer quelqu'un ne s'arrête pas le jour où il disparaît.
Les enfants vivent le deuil animal avec une sincérité désarmante. Continuer à parler à leur compagnon disparu est parfois une manière naturelle de préserver le lien.
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