Il ne connaissait rien aux examens, aux mémoires ou au stress des études. Pourtant, pendant plus de deux ans, il avait été celui qui rendait chaque nuit un peu moins solitaire.
Lorsque Camille est venue me rencontrer, elle venait d'obtenir son diplôme d'infirmière. Tout le monde autour d'elle la félicitait. Pourtant, elle avait du mal à partager cette joie. Deux semaines auparavant, son hamster russe, Nino, était décédé.
En arrivant, elle s'est presque excusée.
« Je sais que ça peut paraître ridicule… Ce n'était qu'un hamster. »
Cette phrase, je l'entends souvent. Comme si la taille d'un animal devait déterminer la légitimité de notre peine.
Je lui ai simplement répondu :
« Racontez-moi qui était Nino. »
Elle a souri pour la première fois.
Nino était arrivé au début de sa première année d'études. Camille venait de quitter le domicile familial pour s'installer dans un petit studio. Les journées étaient longues, les cours exigeants et les soirées souvent solitaires. Elle ne connaissait presque personne dans sa nouvelle ville.
Le soir, lorsqu'elle ouvrait ses classeurs, un petit rituel s'installait.
Nino se réveillait.
Il sortait de son nid, grimpait sur sa plateforme en bois et commençait à explorer son terrarium pendant qu'elle révisait. Il courait dans sa roue, s'arrêtait pour grignoter une graine, disparaissait quelques instants sous ses copeaux avant de réapparaître quelques minutes plus tard.
Cela pouvait sembler insignifiant.
Pour Camille, cela changeait tout.
« J'avais l'impression que quelqu'un vivait ces soirées avec moi », m'a-t-elle confié.
Pendant les périodes d'examens, elle travaillait parfois jusqu'à deux ou trois heures du matin. Ses amis dormaient, ses parents étaient à plusieurs centaines de kilomètres, mais il y avait toujours ce petit être qui s'animait dès que la nuit commençait.
Au fil de notre première séance, elle a réalisé qu'elle parlait très peu des études.
Elle parlait surtout de la solitude.
Et de la manière dont Nino l'avait aidée à la traverser.
Quelques mois avant la remise de son diplôme, le hamster avait commencé à vieillir. Ses déplacements étaient devenus plus lents. Il passait davantage de temps à dormir et s'intéressait moins à sa roue. Camille savait que ce moment finirait par arriver, mais elle espérait secrètement qu'il l'accompagnerait jusqu'à la fin de ses études.
Il est parti quelques semaines avant la cérémonie de remise des diplômes.
Au cours de notre deuxième séance, elle m'a confié ce qui la faisait le plus souffrir.
Le soir même où elle avait reçu les résultats de son examen final, elle était rentrée chez elle avec une immense envie de partager cette réussite.
Par réflexe, elle avait regardé vers le terrarium.
Puis elle s'était souvenue.
Il n'y avait plus personne à qui annoncer la nouvelle.
Elle s'en voulait presque de ressentir un tel vide pour un si petit animal.
Nous avons alors parlé d'une idée qui revient souvent dans les accompagnements.
Nos animaux ne prennent pas de place par leur taille.
Ils prennent de la place par tout ce qu'ils vivent avec nous.
Nino avait été présent pendant les périodes de doute, les examens ratés, les réussites, les nuits blanches, les pleurs de découragement et les éclats de joie.
Il était devenu le témoin silencieux de l'un des chapitres les plus importants de sa vie.
Comment aurait-elle pu ne pas souffrir de son absence ?
Entre notre deuxième et notre troisième rencontre, Camille a eu une idée.
Le jour de la remise des diplômes, elle a glissé dans la poche intérieure de sa veste une toute petite photo de Nino.
Personne ne le savait.
Personne ne pouvait la voir.
Mais elle m'a expliqué qu'elle avait besoin qu'il soit symboliquement présent avec elle.
Lorsque nous nous sommes revus après la cérémonie, elle m'a raconté que, pendant que tout le monde applaudissait, elle avait discrètement posé la main sur cette photo.
Puis elle avait murmuré :
« On l'a fait. »
Cette phrase m'a profondément touché.
Parce qu'elle ne signifiait pas que le hamster avait passé les examens à sa place.
Elle signifiait qu'il avait été là pendant tout le chemin.
Avant de nous quitter, Camille m'a dit quelque chose qui résume parfaitement ce que représente parfois le deuil d'un hamster.
« Les gens pensent que je pleure un petit animal. En réalité, je pleure toutes les nuits où je ne me suis jamais sentie complètement seule grâce à lui. »
Je pense souvent à cette histoire lorsque l'on minimise la perte d'un hamster, d'un cobaye ou d'un autre petit compagnon. Nous oublions facilement que ces animaux partagent nos routines, nos inquiétudes et nos plus grandes étapes de vie. Ils deviennent les témoins silencieux de notre quotidien.
Nino n'était peut-être qu'un hamster aux yeux de beaucoup.
Mais pour Camille, il représentait des centaines de soirées, des milliers de pages étudiées et un soutien discret qu'aucun diplôme ne pourra jamais remplacer.
Et finalement, c'est peut-être cela que le deuil animal nous apprend.
La valeur d'une vie ne se mesure ni à sa taille, ni à sa durée.
Elle se mesure à l'empreinte qu'elle laisse dans notre cœur.
Les plus petits animaux occupent parfois une place immense. Pour cette étudiante, chaque nuit de révision avait toujours commencé par un regard échangé avec son hamster.
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