Il existe des sons que l'on cesse complètement d'entendre tant ils font partie de notre quotidien. Le grincement d'un portail, le moteur d'une voiture qui s'arrête devant la maison, ou le tintement d'un trousseau de clés lorsque l'on rentre du travail. Pour Nathalie, ce bruit avait toujours été suivi du même spectacle. Son vieux Beagle arrivait en courant, les oreilles volant dans tous les sens, incapable de contenir sa joie. Elle ne s'était jamais demandé à quel point ce simple tintement faisait partie de sa vie... jusqu'au jour où il n'a plus fait venir personne.
Lorsque Nathalie est venue me rencontrer, cela faisait un peu plus de sept mois que Sam était parti. Les journées étaient redevenues supportables, mais les retours à la maison restaient étrangement difficiles. Elle m'a expliqué que tout commençait avant même d'ouvrir la porte. En cherchant ses clés dans son sac, elle ressentait déjà ce petit pincement au cœur. Pendant douze ans, Sam avait appris à reconnaître ce bruit entre mille. Peu importait qu'il dorme profondément ou qu'il soit dans le jardin. Dès que les clés tintaient derrière la porte, il accourait. Nathalie n'avait même jamais eu besoin de l'appeler.
Les premiers jours après son départ, elle continuait à ouvrir la porte avec le même enthousiasme, presque machinalement. Puis le silence lui rappelait instantanément la réalité. Plus personne ne glissait sur le carrelage. Plus personne ne sautait maladroitement contre ses jambes. Même les courses semblaient plus lourdes à porter lorsqu'il n'était plus là pour les accueillir comme si elle revenait d'une expédition de plusieurs semaines.
Au cours de nos échanges, Nathalie m'a confié quelque chose qui l'embarrassait un peu.
Elle avait changé de porte-clés.
L'ancien faisait un bruit métallique très particulier, celui que Sam reconnaissait immédiatement. Elle pensait qu'en choisissant un porte-clés en cuir, plus discret, ce retour à la maison deviendrait moins douloureux.
Cela n'avait rien changé.
Parce que ce n'était pas le bruit qui lui manquait.
C'était celui qui venait toujours après.
Nous avons alors parlé de toutes ces associations que notre cerveau construit sans même que nous en ayons conscience. Un son, une odeur, une lumière deviennent les déclencheurs de souvenirs profondément ancrés. Ils ne sont pas nos ennemis. Ils sont simplement les gardiens d'une partie de notre histoire.
Quelques semaines plus tard, Nathalie est revenue avec un sourire.
Elle m'a raconté qu'un soir, en rentrant du travail, elle avait entendu les clés tinter une nouvelle fois dans le couloir. Comme d'habitude, son cœur s'était serré. Puis elle s'était souvenue d'une scène qui l'avait fait éclater de rire. Un hiver, Sam avait réussi à lui voler son trousseau avant de partir en courant dans le jardin, persuadé qu'il venait de commencer un nouveau jeu. Elle avait passé près de vingt minutes à négocier avec un Beagle beaucoup trop fier de sa trouvaille.
« Je n'avais plus pensé à cette histoire depuis des années. »
C'est souvent ainsi que les souvenirs reviennent.
Ils commencent par une douleur.
Puis, presque sans prévenir, ils retrouvent leur vraie couleur.
Je lui ai demandé ce que représentait aujourd'hui ce bruit de clés.
Elle a réfléchi un instant avant de répondre.
« Ce n'est plus le son de son absence. C'est le son de toutes les fois où il était heureux de me revoir. »
Je trouve cette phrase profondément apaisante.
Le deuil animal change notre manière d'habiter les gestes les plus simples. Pendant un temps, chaque retour à la maison semble souligner le vide laissé par notre compagnon. Puis, doucement, ces mêmes habitudes deviennent les témoins silencieux de tout l'amour que nous avons reçu. Les clés continuent de tinter exactement comme avant. Ce qui change, c'est ce qu'elles racontent à notre cœur.
Aujourd'hui, Nathalie utilise de nouveau son ancien porte-clés. Le bruit est resté le même. Simplement, il ne lui annonce plus un silence insupportable. Il lui rappelle qu'il a existé un chien qui savait reconnaître son retour avant même qu'elle ne franchisse le seuil de la maison. Et lorsqu'elle y pense, elle ne ressent plus seulement le manque. Elle ressent surtout la chance immense d'avoir été accueillie avec autant de joie, pendant toutes ces années.
Pendant des années, ce bruit annonçait une immense joie.
À lire également
Si cette histoire vous a touché, je vous invite à découvrir Parce que son histoire méritait d'être racontée, Pourquoi ai-je peur de l'oublier ?, Pourquoi la perte d'un chien ou d'un chat bouleverse autant le quotidien, Pourquoi certains lieux deviennent douloureux après la perte d'un animal ainsi que Pourquoi certaines chansons deviennent impossibles à écouter après la perte d'un animal.
Vous pouvez également découvrir mon livre Quand mon animal me manque, dans lequel je partage mon expérience personnelle ainsi que les enseignements tirés de nombreux accompagnements autour du deuil animal. Si vous traversez actuellement cette épreuve, vous pouvez également découvrir mes accompagnements, consulter le Journal du Deuil Animal ou me contacter via la page Contact. Vous n'avez pas à traverser cette épreuve seul.
Ajouter un commentaire
Commentaires