Lorsque Claire m'a dit qu'elle écrivait encore à son chien, elle s'est immédiatement excusée. Elle avait peur que je trouve cela étrange. Pourtant, ce qu'elle m'a décrit est une pratique que je retrouve régulièrement au cours des accompagnements. Lorsque les mots ne peuvent plus être prononcés à voix haute, certaines personnes ressentent le besoin de continuer la conversation autrement. Non pas parce qu'elles refusent le départ de leur compagnon, mais parce qu'un lien aussi profond ne disparaît pas du jour au lendemain.
Lorsque nous avons commencé notre accompagnement, Nasko était parti depuis près d'un an. Les premières semaines avaient été particulièrement difficiles. Claire parlait très peu de sa douleur autour d'elle. Chaque fois qu'elle évoquait son chien, elle avait l'impression de mettre les autres mal à l'aise. Alors, un soir, presque sans réfléchir, elle avait pris une feuille blanche et commencé à écrire.
La première lettre ne contenait que quelques lignes. Elle lui racontait sa journée, comme elle le faisait lorsqu'il était encore couché à ses pieds dans le salon. Elle lui expliquait combien la maison lui semblait silencieuse, combien elle avait encore le réflexe de regarder derrière elle avant de fermer une porte. Une fois la lettre terminée, elle l'avait glissée dans un tiroir. Elle pensait que ce serait la seule.
Elle s'était trompée.
Quelques jours plus tard, une nouvelle lettre avait vu le jour. Puis une troisième. Au fil des mois, ce rendez-vous était devenu presque naturel. Elle ne s'imposait aucun rythme. Certaines semaines, elle n'écrivait rien. Puis un souvenir, une promenade ou une photographie faisait revenir cette envie de lui parler.
En me racontant cela, Claire m'a confié qu'elle ne relisait presque jamais ses lettres.
« Ce n'est pas pour moi que je les écris », m'a-t-elle expliqué. « C'est parce que j'ai encore des choses à lui dire. »
Cette phrase m'a beaucoup touché.
Nous avons souvent tendance à croire que le deuil consiste à couper tous les liens avec celui qui est parti. Pourtant, la psychologie du deuil nous montre l'inverse. Nous ne cessons pas d'aimer parce qu'un être disparaît. Nous apprenons simplement à faire vivre cette relation autrement. Pour certains, cela passe par une photographie, un objet, un rituel. Pour Claire, c'étaient des lettres.
Quelques mois après le début de notre accompagnement, elle est revenue avec une enveloppe un peu plus épaisse que les autres. Cette fois, elle avait relu tout ce qu'elle avait écrit depuis le départ de Nasko. En parcourant les premières pages, elle avait été frappée par une chose.
Au début, toutes les lettres parlaient de son absence.
Puis, progressivement, elles parlaient davantage de sa vie.
Elle lui racontait les fleurs qui avaient repoussé dans le jardin, les vacances qu'elle avait finalement osé faire, les voisins qui demandaient encore parfois où était ce grand chien si gentil. Sans s'en rendre compte, elle n'écrivait plus seulement pour exprimer sa souffrance. Elle écrivait parce qu'elle avait envie de continuer à partager ce qui comptait pour elle.
Je lui ai demandé ce qu'elle avait ressenti en découvrant cette évolution.
Elle est restée silencieuse quelques instants avant de sourire.
« Je crois que je ne lui dis plus seulement qu'il me manque. Je lui raconte aussi que je vais un peu mieux. »
Je trouve cette phrase d'une immense douceur.
Le deuil animal ne nous oblige pas à faire disparaître ceux que nous avons aimés de nos pensées. Au contraire, il nous invite peu à peu à transformer la douleur en une présence plus apaisée. Les lettres de Claire ne changeront jamais ce qui s'est passé. Elles ne feront pas revenir Nasko. Mais elles lui permettent de continuer à donner une place à celui qui a partagé tant d'années de sa vie, sans rester enfermée dans la tristesse des premiers mois.
Aujourd'hui, les enveloppes sont rangées dans une petite boîte en bois, au fond d'une bibliothèque. Claire n'en écrit plus aussi souvent. Parfois plusieurs semaines passent sans qu'elle ressente le besoin de prendre son stylo. Puis un souvenir revient, un rêve, une promenade ou simplement une journée où il lui manque davantage. Alors elle s'assoit, écrit quelques lignes et referme doucement la boîte. Elle sait que personne ne les lira peut-être jamais. Et finalement, cela n'a aucune importance. Parce que certaines lettres n'ont jamais été faites pour recevoir une réponse. Elles existent simplement pour rappeler qu'un amour sincère trouve toujours une façon de continuer à s'exprimer.
Il y a des conversations qui ne s'arrêtent jamais vraiment.
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Vous pouvez également découvrir mon livre Quand mon animal me manque, dans lequel je partage mon expérience personnelle ainsi que les enseignements tirés de nombreux accompagnements autour du deuil animal. Si vous traversez actuellement cette épreuve, vous pouvez également découvrir mes accompagnements, consulter le Journal du Deuil Animal ou me contacter via la page Contact. Vous n'avez pas à traverser cette épreuve seul.
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