Le poisson rouge que tout le monde sous-

Publié le 12 septembre 2026 à 11:17

Lorsque Pauline annonçait qu'elle avait perdu son animal, les gens imaginaient toujours un chien ou un chat. Lorsqu'elle répondait qu'il s'agissait d'un poisson rouge, les réactions changeaient immédiatement. Certains souriaient avec gêne, d'autres répondaient simplement : « Ce n'était qu'un poisson... » Aucun d'eux ne savait que, pendant presque quinze ans, ce petit être silencieux avait partagé chacun de ses matins et chacun de ses soirs.

Lorsque nous avons commencé notre accompagnement, Caramel était décédé depuis un peu plus de trois mois. Pauline m'a tout de suite prévenu qu'elle avait longtemps hésité avant de prendre rendez-vous.

« J'avais peur que vous trouviez ça ridicule. »

Je lui ai répondu que le deuil ne se mesure jamais à l'espèce de l'animal que l'on perd.

Il se mesure à la place qu'il occupait dans notre vie.

Caramel était arrivé presque par hasard. Gagné lors d'une fête de village alors que Pauline n'était encore qu'une adolescente, il devait, selon beaucoup, vivre quelques mois tout au plus.

Les mois étaient devenus des années.

Puis les années avaient fini par devenir une partie de sa vie.

Pendant ses études, il l'avait suivie dans son premier appartement.

Puis dans le suivant.

Et encore dans celui où elle vivait aujourd'hui.

À chaque déménagement, le premier meuble installé était son aquarium.

« Je me disais toujours que, s'il était bien, le reste pouvait attendre. »

Au fil des années, Pauline avait appris à reconnaître chacun de ses comportements.

Elle savait à quel moment il réclamait sa nourriture.

Elle distinguait les jours où il était particulièrement actif de ceux où il préférait rester immobile parmi les plantes.

Elle riait en racontant qu'il semblait venir nager devant la vitre dès qu'il l'entendait rentrer.

Évidemment, beaucoup lui répondaient que c'était impossible.

Elle, elle n'en avait jamais été convaincue.

Le jour où Caramel est parti, elle a éteint la lumière de l'aquarium pour la dernière fois.

En se retournant, elle a compris que personne ne lui demanderait comment elle allait.

Après tout...

« Ce n'était qu'un poisson. »

Cette phrase, elle l'avait entendue tellement de fois qu'elle avait fini par ne plus parler de son chagrin.

Au cours de notre accompagnement, nous avons beaucoup échangé sur cette idée.

Pourquoi certains deuils seraient-ils plus légitimes que d'autres ?

Pourquoi la taille d'un animal ou son espèce devraient-elles déterminer l'intensité de notre peine ?

La réponse est simple.

Elles ne le devraient jamais.

Ce qui crée un lien, ce n'est pas le nombre de caresses que l'on peut donner.

C'est la place que cet être prend dans notre quotidien.

Quelques semaines plus tard, Pauline est revenue avec un sourire.

Elle avait enfin vidé l'aquarium.

Elle pensait que ce moment serait insurmontable.

Finalement, elle avait pris son temps.

Elle avait nettoyé chaque pierre, chaque plante et chaque décoration en repensant aux années passées.

« Je me suis surprise à sourire presque tout le long. »

Je lui ai demandé pourquoi.

Elle m'a répondu sans hésiter.

« Parce que je ne rangeais pas un aquarium. Je rangeais quinze ans de souvenirs. »

Je trouve cette phrase profondément juste.

Le deuil animal nous rappelle que l'amour ne dépend ni de la taille d'un compagnon, ni de sa façon de communiquer avec nous. Il naît de tous ces instants répétés chaque jour, jusqu'à devenir une évidence. Ceux qui n'ont jamais partagé leur vie avec un poisson auront peut-être du mal à le comprendre. Mais ceux qui ont connu ce lien savent qu'il peut être tout aussi profond.

Aujourd'hui, l'aquarium n'est plus dans le salon de Pauline. À sa place se trouve une photographie de Caramel prise quelques années plus tôt. Lorsque quelqu'un lui demande pourquoi elle l'a conservée, elle ne cherche plus à se justifier.

Elle répond simplement :

« Parce qu'il faisait partie de ma famille. »

Et cette réponse lui suffit désormais.

Un poisson rouge nage paisiblement dans un aquarium éclairé par la lumière du matin.

On ne mesure jamais l'importance d'un compagnon à sa taille.

À lire également

Si cette histoire vous a touché, je vous invite à découvrir Parce que son histoire méritait d'être racontée, La tortue qui avait traversé trois générations, Le rat domestique qui a changé tous les préjugés, Pourquoi le deuil animal est souvent minimisé par l'entourage ainsi que Le dernier poisson de l'aquarium familial.

Vous pouvez également découvrir mon livre Quand mon animal me manque, dans lequel je partage mon expérience personnelle ainsi que les enseignements tirés de nombreux accompagnements autour du deuil animal. Si vous traversez actuellement cette épreuve, vous pouvez également découvrir mes accompagnements, consulter le Journal du Deuil Animal ou me contacter via la page Contact. Vous n'avez pas à traverser cette épreuve seul.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.