Lorsque Camille m'a contacté, son fils venait d'avoir cinq ans. En entrant dans mon bureau, il tenait une grande peluche couleur miel contre lui. En la regardant de plus près, j'ai compris qu'elle ressemblait étrangement à un Golden Retriever. « C'est parce qu'il veut qu'elle ressemble à Tao », m'a expliqué sa maman. « Il dit qu'il veut encore pouvoir lui faire un câlin. »
Tao était arrivé dans leur vie bien avant la naissance de leur fils. C'était un Golden Retriever au tempérament d'une douceur presque désarmante. Lorsque Camille est tombée enceinte, beaucoup de personnes lui avaient raconté que les chiens ressentaient les grossesses. Elle écoutait ces histoires avec un sourire amusé, sans trop y croire. Pourtant, quelques semaines après le début de sa grossesse, le comportement de Tao a changé. Lui qui avait toujours été joueur est devenu plus calme. Chaque soir, lorsqu'elle s'installait dans le canapé, il venait poser délicatement sa tête contre son ventre avant de s'endormir. Si elle se levait dans la nuit, il la suivait lentement jusqu'à la cuisine avant de retourner se coucher. Son vétérinaire plaisantait souvent en disant qu'il s'était auto-proclamé garde du corps.
Le jour où le bébé est rentré de la maternité, toute la famille retenait son souffle. Tao s'est approché doucement, a reniflé les petits pieds qui dépassaient de la couverture puis s'est simplement allongé à côté du berceau. Pendant des mois, il a reproduit le même rituel. Dès que le bébé pleurait, il relevait immédiatement la tête. Lorsque Camille allait le coucher, Tao attendait devant la porte de la chambre jusqu'à ce que tout redevienne calme. À mesure que l'enfant grandissait, une relation unique s'est construite entre eux. Les premiers pas du petit garçon avaient presque tous été réalisés en s'agrippant au pelage du vieux Golden. Les premières parties de cache-cache, les goûters dans le jardin, les siestes improvisées sur le tapis... Tao apparaissait sur presque toutes les photographies de cette période.
Lorsque le chien est tombé malade, le petit garçon avait quatre ans. Les parents ont choisi de lui expliquer les choses avec des mots simples. Ils lui ont raconté que Tao était devenu très vieux et que son corps fonctionnait de moins en moins bien. Pendant les semaines de soins palliatifs, l'enfant s'est mis à participer naturellement aux petits gestes du quotidien. Il apportait doucement la gamelle d'eau, caressait le chien avec une infinie délicatesse et lui racontait sa journée comme il le faisait depuis toujours. Camille m'a confié que, bien souvent, c'était son fils qui lui rappelait de profiter du moment présent plutôt que de pleurer l'avenir.
Après le départ de Tao, les parents craignaient que leur enfant ne comprenne pas réellement ce qui venait de se passer. Pourtant, ce n'est pas lui qui a eu le plus de mal à exprimer sa tristesse. C'était Camille. Elle avait l'impression d'avoir perdu bien plus que son chien. Elle avait perdu le témoin de sa maternité, celui qui avait été présent lors des premiers coups de pied dans son ventre, des nuits sans sommeil, des premiers mots et des premiers anniversaires. En regardant les albums photos, elle avait parfois le sentiment que toute l'enfance de son fils portait le visage de Tao.
Au cours de notre première séance, elle m'a confié une phrase qui m'a profondément touché.
« J'ai peur que mon fils finisse par oublier tout ce que Tao a représenté pour lui. »
Je lui ai demandé ce qu'il racontait encore spontanément à son sujet.
Elle a souri.
Il parlait de lui presque tous les jours.
Il imitait sa façon de s'étirer.
Il racontait comment Tao venait chercher les miettes sous sa chaise.
Il riait encore en se souvenant que le chien détestait l'aspirateur.
Je lui ai alors répondu que les enfants oublient rarement les animaux qui les ont fait grandir. Ils cessent simplement d'en parler tous les jours, comme ils cessent de raconter leur première école ou leur première chambre. Les souvenirs deviennent plus discrets, mais ils continuent de construire la personne qu'ils deviennent.
Au cours de notre deuxième rencontre, nous avons imaginé une manière de transmettre cette histoire. Je leur ai proposé de créer un livre de souvenirs destiné à leur fils. Non pas un album rempli de tristesse, mais un recueil racontant qui était réellement Tao. Ils y ont collé des photographies, écrit les petites habitudes du Golden, raconté ses plus grandes bêtises et ajouté des anecdotes que leur fils était encore trop jeune pour connaître. Ce livre n'avait pas pour objectif de retenir le passé. Il permettait simplement de transmettre une partie de l'histoire familiale.
Quelques semaines plus tard, Camille est revenue avec cet album. Son fils demandait régulièrement qu'on le lui lise avant de dormir, comme on raconte une histoire. Un soir, après avoir regardé les photos, il a levé les yeux vers sa maman et lui a dit :
« Moi, je ne me souviens pas de quand j'étais dans ton ventre... mais Tao, lui, il s'en souvenait. »
Camille s'est arrêtée quelques secondes en me racontant cette phrase.
Elle avait compris que son fils ne garderait peut-être pas tous les souvenirs de cette époque.
Mais il grandirait en sachant qu'avant même sa naissance, un chien l'avait déjà attendu.
C'est probablement cela qui m'émeut le plus dans certains accompagnements. Nos animaux ne partagent pas uniquement notre quotidien. Ils deviennent les témoins de nos plus grands changements de vie. Ils voient naître des couples, grandir des enfants et vieillir des familles entières. Lorsqu'ils disparaissent, nous avons parfois l'impression qu'une partie de notre histoire s'efface avec eux. Pourtant, tant que nous continuons à raconter leur place dans cette histoire, ils restent présents d'une autre manière.
Le deuil d'un chien ne consiste pas seulement à dire au revoir à un compagnon. Il consiste aussi à préserver tout ce qu'il a discrètement construit autour de lui. Tao n'était pas seulement le chien de cette famille. Il était le premier ami d'un petit garçon, le gardien de ses premiers pas et le témoin silencieux d'une maternité. Et il continuera longtemps à vivre dans les histoires que ses parents raconteront à leur fils, chaque fois qu'il demandera une nouvelle fois : « Raconte-moi encore Tao. »
Avant même sa naissance, il semblait déjà veiller sur cet enfant.
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Vous pouvez également découvrir mon livre Quand mon animal me manque, né de mon expérience personnelle et de tous ces accompagnements, ou prendre rendez-vous pour un accompagnement individuel si vous ressentez le besoin d'être écouté. Vous pouvez aussi me contacter directement via la page Contact.
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