Parfois, un chien ne change pas seulement notre quotidien. Il nous aide à retrouver notre souffle lorsque tout semble s'effondrer.
Bien plus qu'un compagnon
Lorsque Julie a pris rendez-vous avec moi, cela faisait près de deux mois que son Labrador, Milo, était décédé.
Dès le début de notre première séance, elle m'a dit une phrase que je n'ai jamais oubliée.
« Les gens me disent que je pleure un chien… mais ils ne comprennent pas que j'ai aussi perdu celui qui m'aidait à tenir debout. »
Pendant presque onze ans, Milo avait partagé chacune de ses journées. Il n'avait jamais reçu de formation particulière. Il n'était pas officiellement un chien d'assistance ni un chien de soutien émotionnel.
Pourtant, au fil des années, il avait appris à reconnaître les crises d'angoisse de Julie avant même qu'elles ne deviennent incontrôlables.
Lorsqu'elle commençait à respirer plus vite, il venait poser doucement sa tête contre ses jambes.
Quand elle s'isolait, il restait simplement près d'elle.
Et lorsqu'elle éclatait en larmes, il ne cherchait pas à comprendre.
Il restait là.
Toujours.
Cette présence silencieuse était devenue l'un de ses plus grands repères.
Une double perte
Après le décès de Milo, Julie ne souffrait pas seulement de son absence.
Elle avait également peur.
Peur de revivre ses crises d'angoisse sans celui qui, pendant tant d'années, avait été son refuge.
Elle culpabilisait aussi énormément.
Elle avait l'impression que son entourage minimisait sa douleur.
"Tu reprendras un autre chien."
"Avec le temps, ça passera."
"Il faut avancer."
Ces phrases, pourtant souvent prononcées avec de bonnes intentions, lui donnaient surtout le sentiment que personne ne comprenait réellement ce qu'elle venait de perdre.
Car Milo n'était pas remplaçable.
Il avait construit avec elle une relation unique, façonnée par des milliers de moments de vie.
Retrouver confiance en soi
Au fil de nos trois séances, nous avons beaucoup parlé de ce lien si particulier.
Petit à petit, Julie a réalisé quelque chose qu'elle n'avait jamais envisagé.
Pendant toutes ces années, Milo l'avait aidée à traverser ses crises.
Mais il lui avait aussi appris, sans qu'elle s'en rende compte, à les affronter.
Il ne les faisait pas disparaître.
Il lui donnait la force de les traverser.
Cette nuance a marqué un tournant dans son deuil.
Nous avons travaillé sur les ressources qu'elle possédait aujourd'hui.
Sur tout ce qu'elle avait appris grâce à lui.
Sur la confiance qu'il lui avait transmise au fil des années.
Un jour, elle m'a dit :
« J'ai toujours cru que c'était lui qui me sauvait. Aujourd'hui, je comprends qu'il m'a surtout appris à me sauver moi-même. »
Cette phrase m'a profondément touché.
Parce qu'elle ne diminuait en rien la place immense de Milo.
Au contraire.
Elle montrait que son amour continuait d'agir, même après son départ.
L'amour ne disparaît pas avec l'absence
Lors de notre dernière séance, Julie avait encore les larmes aux yeux en parlant de son chien.
Le manque était toujours présent.
Les crises d'angoisse n'avaient pas totalement disparu non plus.
Mais quelque chose avait changé.
Elle ne se sentait plus seule face à elles.
Elle avait recommencé à sortir.
À reprendre certaines habitudes.
À croire qu'elle pouvait avancer sans trahir la mémoire de Milo.
Avant de nous quitter, elle m'a confié une phrase qui résume parfaitement leur histoire.
« Pendant des années, il m'a appris à respirer. Aujourd'hui, quand je ferme les yeux pendant une crise et que je retrouve ce calme, j'ai l'impression qu'une partie de lui est encore avec moi. »
Je pense souvent à ces mots.
Parce qu'ils rappellent que le deuil d'un chien ne consiste pas à oublier celui qui nous a tant apporté.
Il consiste à reconnaître que tout ce qu'il nous a transmis continue de vivre en nous.
Et parfois, c'est précisément cela qui nous permet de continuer à avancer.
Certains chiens deviennent bien plus que des compagnons. Ils deviennent un refuge, une présence rassurante qui apaise même les jours les plus difficiles.
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