Faut-il regarder les photos et les vidéos de son animal ?

Publié le 19 septembre 2026 à 10:53

Il y en a des centaines dans votre téléphone.

Des photos floues, des vidéos de dix secondes, des captures prises sans y penser un dimanche après-midi.

Certaines personnes les regardent tous les soirs. D’autres n’ont pas ouvert l’application photo depuis le décès. D’autres encore les évitent soigneusement mais tombent dessus par accident, à cause des rappels automatiques.

Et une question revient : « Est-ce que ça me fait du bien ou est-ce que ça entretient ma douleur ? »

Cet article répond de manière nuancée, avec des repères concrets.

La réponse courte : cela dépend de comment vous le faites

Il n’y a pas de règle universelle. Mais il existe une distinction très utile.

Regarder volontairement, dans un moment choisi : globalement bénéfique.

Tomber dessus par accident, ou regarder de manière compulsive : globalement néfaste.

Ce n’est donc pas le contenu qui pose problème, c’est le contexte.

Pourquoi regarder peut faire du bien

Cela répare le souvenir déformé par la maladie

C’est le bénéfice le plus important, et le moins connu.

Après une longue maladie, la mémoire se fixe sur les dernières semaines : l’animal amaigri, fatigué, les soins, le dernier jour.

Beaucoup de personnes découvrent avec effroi qu’elles n’arrivent plus à se souvenir de leur animal en bonne santé.

Regarder des photos anciennes rétablit l’équilibre. Cela redonne accès à douze années de vie plutôt qu’à trois mois de fin de vie.

C’est un travail actif, et il fonctionne : la mémoire se réorganise progressivement autour des images que l’on réactive.

Cela apaise la peur d’oublier

Voir sa taille exacte, la forme de ses oreilles, sa manière de se coucher : cela répond directement à l’angoisse d’oublier son apparence.

Cela permet de retrouver les émotions positives

Les vidéos surtout. Voir son mouvement, entendre son aboiement ou son ronronnement, le voir courir : cela réactive des émotions autres que la tristesse.

Beaucoup de personnes rient en regardant une vieille vidéo, souvent pour la première fois depuis le décès.

Cela facilite le récit

Regarder des photos avec quelqu’un déclenche presque toujours des histoires. Or raconter est l’un des mécanismes centraux de l’apaisement.

Quand cela devient problématique

Quelques signaux méritent attention.

La consultation compulsive. Regarder plusieurs fois par jour, chaque soir pendant des heures, sans jamais en ressortir apaisé.

Le focus exclusif sur la fin. Certaines personnes ne regardent que les photos des derniers jours, celles de l’hôpital, celles du dernier matin. Cela entretient le traumatisme plutôt que le souvenir.

L’analyse rétrospective. Zoomer sur les photos d’il y a un an pour chercher des signes de la maladie. « Là, on voit qu’il avait déjà maigri. » Cette pratique alimente directement la culpabilité et n’apporte rien.

La consultation nocturne. Regarder à 2 heures du matin, dans le noir, quand les défenses sont au plus bas. C’est le pire contexte possible.

L’évitement total. L’inverse pose aussi problème : ne jamais pouvoir ouvrir un dossier, changer de fond d’écran en panique, supprimer par peur de ressentir. L’évitement complet retarde le deuil.

Comment faire, concrètement

1. Choisir le moment

C’est la règle principale.

Décidez à l’avance : un moment calme, en journée, quand vous n’avez pas d’obligation juste après. Jamais le soir tard, jamais avant une réunion.

2. Se donner une limite

Vingt minutes, par exemple. Une durée décidée avant de commencer.

Cela évite de partir pour dix minutes et d’y passer trois heures.

3. Prévoir une sortie

Après avoir regardé : sortir marcher, appeler quelqu’un, faire une tâche concrète.

Ne restez pas immobile avec le téléphone à la main.

4. Trier

C’est l’un des exercices les plus utiles du deuil animal.

Créez un album dédié avec vingt à trente photos choisies : celles où il est lui-même, en forme, dans son élément.

Placez à part, dans un dossier séparé, les photos de la fin de vie. Ne les supprimez pas nécessairement — mais ne les laissez pas mélangées aux autres.

Ce tri prend du temps et fait pleurer. Il est aussi extrêmement structurant : vous décidez de la manière dont vous voulez vous souvenir de lui.

5. Imprimer

Un fichier numérique se perd, se noie parmi des milliers d’autres, ou apparaît par surprise.

Une photo imprimée est un objet : vous décidez où elle est et quand vous la regardez.

Beaucoup de personnes constatent qu’une seule photo encadrée leur apporte plus que trois mille fichiers.

6. Désactiver les rappels automatiques

C’est un conseil très concret et rarement donné.

Les téléphones affichent régulièrement des « souvenirs » : « Il y a un an », avec une vidéo de lui en pleine forme.

Ces rappels surgissent au pire moment, sans prévenir, souvent en public.

Dans les réglages de votre application photo, vous pouvez généralement désactiver les souvenirs automatiques, ou exclure une personne ou un animal des suggestions. Prenez cinq minutes pour le faire : cela évite des embuscades pendant des mois.

Le cas particulier des vidéos avec le son

Les vidéos sont beaucoup plus puissantes que les photos, pour deux raisons : le mouvement et le son.

Entendre à nouveau son aboiement, son miaulement, le bruit de ses griffes, ou sa respiration, produit une réaction émotionnelle bien plus intense.

C’est à la fois le plus précieux et le plus difficile.

Conseils :

  • gardez les vidéos avec du son en lieu sûr, sauvegardées à plusieurs endroits ;
  • ne les regardez pas dans les premières semaines si vous vous sentez fragile ;
  • écoutez d’abord le son sans l’image, si l’image est trop dure ;
  • si vous n’avez pas de vidéo avec du son et que votre animal est encore vivant, enregistrez-en une dès aujourd’hui. C’est le regret le plus fréquent.

Si vous n’avez presque pas de photos

Cela arrive plus souvent qu’on ne le croit, surtout pour les animaux arrivés avant l’ère du smartphone, ou pour ceux dont la mort a été brutale.

Quelques pistes :

  • demandez à vos proches : famille, amis, voisins ont souvent des photos où il apparaît en arrière-plan ;
  • fouillez les anciens albums papier et les disques durs ;
  • regardez les photos de vacances, de fêtes, de repas : il y est souvent sans que vous l’ayez noté ;
  • faites réaliser un portrait dessiné ou peint à partir de la meilleure photo disponible, même de mauvaise qualité ;
  • écrivez sa description. Décrire par écrit sa taille, sa couleur, sa manière de marcher fixe le souvenir remarquablement bien.

Faut-il supprimer ?

La question se pose parfois, notamment quand les photos deviennent insupportables.

Un conseil simple : ne supprimez rien dans les premiers mois.

Beaucoup de personnes ayant supprimé dans l’émotion le regrettent profondément par la suite, et cette perte-là est définitive.

Si vous ne supportez pas de les voir : déplacez-les dans un dossier verrouillé, sauvegardez-les sur un disque externe que vous rangez, confiez-les à un proche.

Vous pourrez toujours supprimer plus tard. Vous ne pourrez jamais récupérer.

Conclusion

Regarder les photos et les vidéos de son animal n’entretient pas le chagrin. C’est la manière de le faire qui change tout.

Regardées volontairement, dans un moment choisi, avec une limite et une sortie prévue, elles font partie du travail de deuil : elles réparent une mémoire déformée par la maladie et redonnent accès aux années heureuses.

Subies par surprise, consultées compulsivement à 2 heures du matin ou analysées pour y chercher des signes manqués, elles alimentent la douleur et la culpabilité.

Alors triez, imprimez-en une, désactivez les rappels automatiques, et gardez le reste en sécurité.

Vous déciderez du moment. C’est tout ce qu’il faut changer.

FAQ

Regarder les photos de son animal entretient-il le chagrin ?

Non, si vous le faites volontairement, à un moment choisi et avec une limite. Le problème vient des consultations compulsives ou des images subies par surprise.

Pourquoi je n’arrive plus à me souvenir de lui en bonne santé ?

Parce que la mémoire se fixe sur les dernières semaines. Regarder des photos anciennes rétablit activement l’équilibre et fonctionne réellement.

Comment éviter que les photos apparaissent par surprise ?

Désactivez les souvenirs automatiques dans les réglages de votre application photo, ou excluez votre animal des suggestions. Cela évite des embuscades pendant des mois.

Faut-il supprimer les photos de sa fin de vie ?

Ne supprimez rien dans les premiers mois. Déplacez-les simplement dans un dossier séparé pour qu’elles ne soient plus mélangées aux autres.

Les vidéos avec le son sont-elles trop dures ?

Elles sont les plus puissantes et souvent les plus difficiles. Sauvegardez-les, et attendez de vous sentir prêt. Vous pouvez aussi écouter le son sans l’image.

Je n’ai presque aucune photo. Que faire ?

Demandez à vos proches, fouillez les albums papier et les photos de fêtes où il apparaît en arrière-plan, faites réaliser un portrait dessiné, et écrivez sa description par écrit.

Album photo ouvert et téléphone posé sur une table, illustrant les souvenirs visuels d’un animal décédé

Ce qui compte n’est pas de regarder ou non, mais de choisir le moment plutôt que de le subir.

 Pour aller plus loin

Ces questions sont développées dans Quand mon animal me manque.

 

 

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